En 1836, rien ne distingue particulièrement la famille FOUEY des autres foyers d’Anjoutey. Jean FOUEY est là, auprès de Catherine MERLET et de leurs enfants.

Cinq ans plus tard, le tableau a changé. En 1841, Catherine est toujours au village avec les enfants, mais Jean a disparu du foyer. L’administration a pris soin d’expliquer son absence dans une page particulière du recensement :
« Son mari est dans les États-Unis de l’Amérique. »

Puis, nouveau changement en 1846 : Jean est revenu. Il vit de nouveau avec Catherine et leurs enfants et exerce son métier de cultivateur.

Entre ces trois recensements se cache donc un voyage dont nous ne savons presque rien. Jean a pu quitter Anjoutey dès 1837 et ne revenir qu’en 1845 : son absence aurait alors duré plusieurs années. Mais il a tout aussi bien pu partir beaucoup plus tard et rentrer beaucoup plus tôt.
Quelques années aux États-Unis ? Quelques mois ? Une tentative d’émigration ? Un voyage de travail ? Une simple escapade américaine ?
Les archives, pour l’instant, ne permettent pas de trancher.
Une famille installée à Anjoutey
Jean FOUEY est né vers 1797. Le 4 mars 1818, il épouse à Anjoutey Catherine MERLET, née vers 1794-1795.
Le couple fonde sa famille dans la commune. Plusieurs enfants peuvent être documentés.
Jeanne Claude naît le 16 décembre 1818, mais meurt quelques semaines plus tard, le 5 janvier 1819. Catherine naît le 26 avril 1820, puis Thomas François le 18 décembre 1821. Un premier Jean Pierre, né le 29 novembre 1824, meurt à l’âge de deux ans le 25 avril 1827. Le prénom est redonné à un autre fils, Jean Pierre, né le 19 juillet 1827. Enfin, Jean Baptiste naît le 8 juin 1830.
La famille traverse donc les années 1820 et le début des années 1830 à Anjoutey.
Et surtout, Jean est encore là en 1836.
Le recensement de cette année-là le montre avec sa famille. Ce document est important car il nous donne désormais un premier jalon certain : le départ pour l’Amérique est postérieur au recensement de 1836.
Puis Jean quitte Anjoutey
Quand est-il parti ?
Nous ne le savons pas.
Il peut être parti quelques semaines après le recensement de 1836 comme plusieurs années plus tard. Nous n’avons retrouvé jusqu’à présent aucun document permettant de dater son départ.
Son nom n’a pas été retrouvé dans les passeports du Bas-Rhin consultés, et aucune liste de passagers identifiée jusqu’ici ne permet de le suivre jusqu’aux États-Unis.
C’est donc le recensement de 1841 qui nous apprend soudain que Jean a traversé l’Atlantique.
Catherine MERLET est toujours à Anjoutey. Son mari, lui, se trouve aux États-Unis d’Amérique.
L’administration ne donne aucune autre précision.
Elle ne dit pas qu’il a émigré. Elle ne dit pas qu’il s’est installé définitivement là-bas. Elle ne précise ni son lieu de résidence, ni son activité, ni même depuis combien de temps il est parti.
Elle indique simplement où il se trouve.
Et cette nuance change beaucoup de choses.
Était-ce vraiment une émigration ?
Avec le recul, la tentation serait grande de raconter l’histoire classique d’un homme quittant son village pour tenter sa chance en Amérique.
Mais ce serait aller plus loin que les documents.
Nous pouvons seulement encadrer son absence grâce aux recensements :
1836 : Jean est à Anjoutey avec sa famille.
1841 : Catherine et les enfants sont à Anjoutey ; Jean est déclaré aux États-Unis.
1846 : Jean est revenu et vit de nouveau avec les siens.
Il existe donc une période maximale d’environ dix ans à l’intérieur de laquelle ont eu lieu son départ, son séjour américain et son retour.
Jean pourrait parfaitement être parti en 1837 et revenu en 1845. Dans ce cas, il aurait vécu plusieurs années outre-Atlantique comme le suggère le recenseur « réside en Amérique depuis plusieurs années ».
Mais nous pourrions tout aussi bien découvrir un jour qu’il est parti en 1840 et revenu en 1842.
Ou même que son aventure américaine n’a duré que quelques mois autour de l’année 1841.
Nous ne savons pas davantage ce qui l’a poussé à partir. Cherchait-il du travail ? Avait-il l’intention de faire venir ensuite Catherine et les enfants ? Comptait-il dès le début revenir à Anjoutey ? Son projet américain a-t-il échoué ? Était-ce simplement un voyage destiné à gagner de l’argent avant de retrouver sa famille ?
Ce sont des hypothèses. Aucune ne peut actuellement être privilégiée.
C’est pourquoi parler d’« émigration » serait probablement prématuré. Nous avons la preuve d’un séjour aux États-Unis, pas celle d’un projet d’installation définitive.
En 1846, il est de nouveau à sa place
Le recensement de 1846 offre presque l’image inverse de celui de 1841.
Jean est rentré.
Le foyer compte Jean FOUEY, cultivateur, 49 ans, Catherine MERLET, sa femme, 46 ans, puis leurs enfants Jean Pierre, 19 ans, Jean Baptiste, 16 ans, et Catherine, 14 ans selon les âges portés par le recenseur.
L’Amérique n’apparaît plus.
Jean a repris sa place dans le ménage et son métier de cultivateur.
Ce retour est essentiel, car il montre que son départ n’a pas provoqué de séparation définitive du couple. Quelle qu’ait été la nature de son voyage, Jean revient auprès de Catherine et de leurs enfants.
Et il y restera.
La vie reprend à Anjoutey
Les documents suivants ramènent définitivement la famille dans le village.
Le 7 avril 1866, Catherine MERLET meurt. Jean FOUEY est toujours son conjoint et réside à Anjoutey. Deux de leurs fils apparaissent comme déclarants : François FOUEY, âgé de 45 ans, et Jean Baptiste FOUEY, âgé de 37 ans.
Jean survit encore douze années à sa femme.
Il meurt à son tour à Anjoutey le 26 décembre 1878, à l’âge déclaré de 83 ans. Son fils Thomas François FOUEY, cultivateur, intervient dans la déclaration du décès.
La longue vie de Jean paraît donc, à première vue, profondément ancrée à Anjoutey : il s’y marie, y élève ses enfants, y exerce comme cultivateur, y retrouve sa famille après son absence et y meurt.
Et pourtant, quelque part au milieu de cette existence, il y a eu l’Amérique.
Une histoire cachée entre trois recensements
C’est en rapprochant 1836, 1841 et 1846 que l’histoire prend véritablement forme.
Pris isolément, le recensement de 1836 montre une famille réunie.
Celui de 1846 montre encore une famille réunie.
Si nous ne disposions que de ces deux documents, rien ne permettrait probablement d’imaginer que Jean FOUEY a traversé l’Atlantique entre les deux.
C’est la page particulière de 1841 qui ouvre soudain une brèche dans cette vie apparemment immobile :
« Son mari est dans les États-Unis de l’Amérique. »
Une seule phrase, et presque toutes les questions restent ouvertes.
Quand Jean est-il parti ? Par quel port ? Sur quel navire ? Où a-t-il vécu ? Qu’a-t-il fait aux États-Unis ? Combien de temps y est-il réellement resté ? Pourquoi est-il revenu ?
Pour l’instant, nous ne pouvons répondre à aucune de ces questions.
Nous savons seulement qu’il était encore auprès des siens en 1836, qu’il était aux États-Unis en 1841, et qu’il avait retrouvé sa famille à Anjoutey en 1846.
Entre ces trois dates, Jean FOUEY a vécu une partie de son existence dont il ne reste pour l’instant que quelques mots tracés dans la marge de l’histoire familiale.
Une émigration de plusieurs années ou une courte escapade américaine ? L’enquête reste ouverte.
Sources
- Archives départementales du Territoire de Belfort, état civil d’Anjoutey — mariage de Jean FOUEY et Catherine MERLET, 4 mars 1818.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, état civil d’Anjoutey — naissances et décès des enfants du couple FOUEY × MERLET : Jeanne Claude (1818-1819), Catherine (1820), Thomas François (1821), Jean Pierre (1824-1827), Jean Pierre (1827) et Jean Baptiste (1830).
- Archives départementales du Territoire de Belfort, recensement de la population d’Anjoutey, 1836 — Jean FOUEY présent avec sa famille.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, recensement de la population d’Anjoutey, 1841 — Catherine MERLET recensée en l’absence de son mari ; tableau de renseignements portant la mention : « son mari est dans les États-Unis de l’Amérique ».
- Archives départementales du Territoire de Belfort, recensement de la population d’Anjoutey, 1846 — Jean FOUEY revenu au foyer avec Catherine MERLET et leurs enfants Jean Pierre, Jean Baptiste et Catherine.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, état civil d’Anjoutey — décès de Catherine MERLET, 7 avril 1866.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, état civil d’Anjoutey — décès de Jean FOUEY, 26 décembre 1878.
- Archives départementales du Bas-Rhin, registres/listes de passeports consultés — aucun départ de Jean FOUEY identifié dans les recherches effectuées.
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