En 1840, François Joseph Grille quitte sa femme

François Joseph Grille à Anjoutey

François Joseph Grille à Anjoutey

En 1841, les agents chargés du recensement d’Anjoutey, dans l’actuel Territoire de Belfort, ne se contentent pas de dresser la liste des habitants. À la fin du registre, quelques situations particulières sont consignées. Des absents, des couples séparés, des personnes dont on ne sait plus très bien où elles vivent.

À côté du nom de Marie Catherine MILLIOT, épouse GRILLE, une phrase attire l’attention :

« Son mari l’a quittée en 1840, on ignore le lieu de sa résidence. »

Quelques mots seulement. Ils suffisent pourtant à interrompre brutalement le récit ordinaire d’une famille que l’on peut suivre depuis son mariage, quatorze ans auparavant.

Un contremaître de tissage et une fille de cultivateurs

François Joseph GRILLE est né le 27 août 1806 à Lepuix. Lorsqu’il se marie, le 3 novembre 1827, il n’a que vingt et un ans. Il réside alors à Grosmagny et exerce le métier de contremaître de tissage.

Le textile appartient manifestement à l’univers familial. Son père, Joseph GRILLE, âgé de quarante-six ans au mariage de son fils, est maître de tissage en coton. François Joseph a donc probablement grandi dans ce milieu professionnel.

La jeune épouse, Catherine MILLIOT, est presque exactement du même âge. Née le 5 janvier 1806, elle a vingt et un ans et dix mois lors du mariage. Elle réside elle aussi à Grosmagny et est qualifiée de cultivatrice.

Son père, Nicolas MILLIOT, est mort. Sa mère, Marguerite LAMIELLE, âgée de quarante-huit ans en 1827, est également cultivatrice.

Deux univers se rencontrent ainsi : celui du tissage pour les GRILLE et celui de la terre pour les MILLIOT.

Trois garçons naissent à Grosmagny

Le couple demeure à Grosmagny après son mariage.

Un premier fils, Claude Joseph GRILLE, y naît le 17 août 1828. François Joseph est alors qualifié de cultivateur.

Un deuxième garçon, Georges Joseph GRILLE, naît le 8 janvier 1831, toujours à Grosmagny. Son père est encore cultivateur.

Puis, le 11 septembre 1836, naît Eugène Joseph GRILLE. François Joseph et Catherine ont alors trente ans et résident toujours à Grosmagny.

Cette dernière naissance est particulièrement utile pour comprendre leur absence du recensement d’Anjoutey de 1836 : ils n’y habitent tout simplement pas encore. En septembre de cette même année, la famille est toujours établie à Grosmagny.

Son installation à Anjoutey est donc nécessairement postérieure.

Entre 1836 et 1840, la famille arrive à Anjoutey

recensement Anjoutey 1841
recensement d'Anjoutey 1841

Nous ne connaissons pas encore la date exacte du déménagement.

Mais en 1841, Catherine et ses enfants sont bien recensés à Anjoutey. Entre la naissance d’Eugène à Grosmagny en septembre 1836 et le recensement suivant, la famille a donc changé de commune.

Et quelque chose s’est produit entre-temps, François Joseph GRILLE n’est plus là.

Le renseignement porté par l’administration est exceptionnellement précis : il a quitté sa femme en 1840. Ce n’est donc pas simplement l’absence momentanée d’un homme le jour du recensement. La séparation remonte à l’année précédente et, surtout, les autorités municipales ajoutent qu’elles ignorent le lieu de sa résidence.

Où est-il parti ? Pourquoi ? A-t-il quitté seulement Anjoutey ou véritablement sa famille ? S’est-il installé dans une autre commune ? A-t-il émigré ? Est-il revenu par la suite ?

À ce stade, les documents retrouvés ne permettent pas de répondre.

Catherine reste avec ses enfants… et sa mère

La composition du ménage en 1841 donne cependant une autre dimension à cette histoire. Catherine n’est pas seule, ses enfants vivent auprès d’elle. Et dans la maison se trouve également Marguerite LAMIELLE, sa mère, désormais veuve.

La présence de cette dernière est importante. Il serait facile, en parcourant rapidement les lignes du recensement, de la prendre pour l’une des domestiques du foyer. Elle est en réalité la grand-mère des enfants et la mère de Catherine.

Une autre femme, GIRARDEY, est en revanche explicitement désignée comme servante.

Après le départ de François Joseph, le ménage semble donc s’être réorganisé autour de Catherine, de ses enfants et de sa mère.

On peut imaginer ce que représente l’absence du mari dans la vie quotidienne, mais il faut s’arrêter là : le recensement nous donne une composition familiale, pas les relations qui existaient entre ses membres.

Même si une coïncidence prête évidemment à sourire : le mari a disparu, mais la belle-mère, elle, est bien là.

De là à accuser Marguerite LAMIELLE d’avoir fait fuir son gendre, il y a un pas que les archives, pour l’instant, se refusent obstinément à nous laisser franchir ! 😉😂

« On ignore le lieu de sa résidence »

C’est finalement cette seconde partie de l’annotation qui est peut-être la plus intrigante.

En 1841, François Joseph GRILLE n’est pas simplement enregistré comme absent. La commune ne sait pas où il se trouve.

Pour une famille arrivée à Anjoutey quelques années auparavant, cela ouvre de nombreuses pistes. François Joseph avait des attaches à Lepuix, où il était né, et à Grosmagny, où il s’était marié et où ses enfants étaient nés. Son métier initial le rattachait également au monde du textile.

Mais aucune de ces pistes ne doit être transformée en explication sans document, pour l’instant, son parcours s’arrête donc en 1840, au moment où il quitte sa femme.

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