L’histoire des bals : comment nos ancêtres faisaient-ils la fête ?

Aujourd’hui, lorsque l’on évoque l’histoire des bals, on pense souvent aux guinguettes, aux valses du XIXᵉ siècle ou aux bals populaires du 14 juillet. Pourtant, cette histoire est bien plus ancienne.

Depuis le Moyen Âge, nos ancêtres se réunissent pour danser, célébrer les grandes fêtes, accueillir les beaux jours ou partager les moments importants de leur existence. Au fil des siècles, les rondes villageoises sont devenues des bals de cour, puis des bals bourgeois, des guinguettes et enfin les grands bals publics que nous connaissons encore aujourd’hui.

Mais le bal n’a jamais été un simple divertissement. Pendant des siècles, il a été un lieu de rencontre, un espace où l’on tissait des liens, où l’on montrait son rang social, où l’on découvrait les nouvelles danses… et parfois où l’on rencontrait celui ou celle qui allait devenir son époux ou son épouse.

Suivons cette histoire à travers les siècles.

l'histoire des bals

Avant les bals : les rondes du Moyen Âge

Bien avant l’apparition des salles de bal, les habitants des villages dansent déjà lors des grandes fêtes religieuses, des foires, des moissons ou des mariages.

La danse la plus répandue est alors la carole.

Hommes et femmes se tiennent par la main et forment une ronde qui progresse au rythme des chants ou d’un musicien. Les pas sont simples afin que chacun puisse participer.

À cette époque, il n’existe pas encore de distinction entre spectateurs et danseurs : toute la communauté prend part à la fête.

(Illustration : Jacques Callot – Carole)


Le branle : la première grande danse de la Renaissance

À partir de la Renaissance, une nouvelle danse s’impose dans toute la France : le branle.

Décrit avec précision par le chanoine Thoinot Arbeau dans son célèbre traité Orchésographie publié en 1589, le branle existe sous de nombreuses formes : simple, double, gai, de Bourgogne, des chevaux ou encore des lavandières.

Son succès est remarquable.

Il est pratiqué aussi bien par les paysans que par les bourgeois et jusque dans les palais royaux.

Certaines chansons sont même imprimées avec leurs paroles afin que chacun puisse les chanter en dansant, comme le montre le célèbre Branle du Mirliton.

Le bal devient peu à peu un véritable phénomène culturel.

(Illustration : Le Branle du Mirliton)


Quand le bal devient un art de vivre

À partir du XVIIᵉ siècle, les élites transforment le bal en véritable spectacle.

Les salons et les palais accueillent des soirées somptueuses où chaque geste est codifié.

La danse n’est plus seulement un plaisir.

Elle devient un signe de distinction sociale.

Les musiciens jouent depuis une estrade tandis que les invités exécutent des figures apprises auprès de maîtres à danser.

Les tableaux de Hieronymus Janssens témoignent de cette élégance nouvelle qui caractérise les bals aristocratiques.

(Illustration : Hieronymus Janssens)


La pavane : marcher avant de danser

Parmi les danses de cour les plus prestigieuses figure la pavane.

Née au XVIᵉ siècle, probablement en Italie ou en Espagne avant de conquérir les cours européennes, elle est lente, majestueuse et solennelle.

Les couples avancent avec grâce, presque comme lors d’un défilé.

Ici, il ne s’agit pas de démontrer son adresse mais son maintien, son élégance et son rang.

La pavane ouvre souvent les grandes cérémonies avant de laisser place à des danses plus animées.

(Illustration : Pavane)


Le menuet : l’élégance à la française

Vers le milieu du XVIIᵉ siècle apparaît le menuet, appelé ainsi en raison de ses « petits pas ».

Sous Louis XIV, il devient la danse officielle de la cour.

Au XVIIIᵉ siècle, aucun jeune noble ne peut espérer fréquenter les salons sans savoir exécuter correctement un menuet.

Chaque révérence, chaque déplacement, chaque mouvement des bras répond à des règles précises.

Danser, c’est montrer son éducation autant que son habileté.

Les œuvres de Jan Josef Horemans II illustrent parfaitement cette époque où la danse devient un véritable langage social.

(Illustration : Jan Josef Horemans II – Le Menuet)


La contredanse et le quadrille : les bals se démocratisent

À la fin du XVIIIᵉ siècle puis durant tout le XIXᵉ siècle, les bals connaissent un succès sans précédent.

Les grandes vedettes sont désormais la contredanse et le quadrille.

Les danseurs évoluent en groupes et exécutent des figures parfois complexes.

Changer de partenaire, se croiser, former des lignes ou des carrés demande une excellente coordination.

Le caricaturiste Charles Grandidier s’amuse d’ailleurs des erreurs commises lorsque les figures s’embrouillent et que tout le bal perd le fil de la danse.

Les éditeurs publient alors des milliers de partitions et de recueils destinés aux amateurs.

Le bal devient un véritable phénomène de société.

(Illustrations : Charles Grandidier et Quadrille élégant)


La valse : une révolution qui scandalise

Peu de danses ont autant fait parler d’elles que la valse.

Venue des pays germaniques à la fin du XVIIIᵉ siècle, elle se répand rapidement dans toute l’Europe.

Sa particularité choque immédiatement.

Pour la première fois, un homme et une femme dansent enlacés.

Cette proximité est jugée inconvenante par de nombreux moralistes.

Certains dénoncent une danse trop intime.

D’autres y voient une menace pour les bonnes mœurs.

Malgré ces critiques, la valse conquiert rapidement toutes les générations et devient l’une des reines des bals du XIXᵉ siècle.

(Illustration : Valse sur le Corsaire)


Polka, mazurka : les bals s’ouvrent à l’Europe

Au milieu du XIXᵉ siècle, les modes changent très vite.

La polka, venue de Bohême, puis la mazurka, originaire de Pologne, connaissent un succès fulgurant.

Plus vives, plus joyeuses, elles séduisent aussi bien les salons que les bals populaires.

Les compositeurs rivalisent d’imagination et publient sans cesse de nouvelles partitions.

Même les anciennes danses sont remises au goût du jour, comme en témoigne la curieuse Pavane-Polka, qui associe deux univers séparés par plusieurs siècles.

(Illustration : Pavane-Polka)


Les guinguettes : le bal devient un lieu de rencontre

Au XIXᵉ siècle, les guinguettes connaissent un immense succès.

Installées aux portes des villes, le long des rivières ou dans les campagnes, elles attirent ouvriers, artisans, employés et familles.

On y vient certes pour danser…

Mais aussi pour boire un verre, écouter les musiciens, déjeuner sous les arbres ou simplement regarder les autres s’amuser.

Les tableaux de Horace Vernet montrent que le bal fait désormais partie de la vie quotidienne.

Tout le monde n’est pas danseur.

Mais chacun y trouve sa place.

(Illustration : Horace Vernet – Guinguette)


Les grandes salles de bal

Avec l’urbanisation apparaissent de vastes établissements capables d’accueillir plusieurs milliers de personnes.

Des lieux comme la Salle Wagram, à Paris, proposent des orchestres renommés et des soirées très fréquentées.

Le bal devient un spectacle.

Les affiches annoncent les nouveautés musicales, les orchestres invités et même le prix des entrées.

Il attire désormais toutes les catégories de la population.

(Illustration : Salle Wagram)


Les Années folles changent tout

Après la Première Guerre mondiale, une nouvelle génération aspire à davantage de liberté.

Le tango, arrivé d’Argentine, puis le charleston, venu des États-Unis, révolutionnent les pistes de danse.

Les robes raccourcissent.

Les rythmes s’accélèrent.

Le jazz remplace peu à peu les orchestres traditionnels.

Le bal devient le symbole d’une société en pleine mutation.

(Illustration : Charleston)


Bien plus qu’un simple divertissement

Au fil des siècles, les musiques ont changé.

Les costumes aussi.

Mais le rôle du bal est resté étonnamment stable.

Nos ancêtres s’y rendaient pour célébrer une fête, retrouver leurs proches, écouter les musiciens, admirer les meilleurs danseurs ou simplement passer une agréable soirée.

Et parfois, au détour d’une danse, deux regards se croisaient.

Derrière de nombreux mariages retrouvés dans les registres paroissiaux ou les actes d’état civil se cache peut-être un premier pas de danse échangé lors d’une fête de village, d’une guinguette ou d’un grand bal.

Car avant d’être les noms que nous retrouvons dans nos arbres généalogiques, nos ancêtres étaient aussi de jeunes hommes et de jeunes femmes qui riaient, dansaient, tombaient amoureux… et écrivaient, sans le savoir, l’histoire de leur famille.


Sources

  • Thoinot Arbeau, Orchésographie, 1589.
  • Bibliothèque nationale de France – Gallica (gravures, partitions et estampes anciennes).
  • Centre national de la danse, ressources historiques sur les danses de société.
  • Philippe Beaussant, Le Roi-Soleil se lève aussi (pour les danses de cour).
  • Jean-Michel Guilcher, La Tradition populaire de danse en Basse-Bretagne (référence majeure sur les danses traditionnelles).
  • Archives et collections iconographiques de la BnF (Callot, Gérard, Horemans II, Grandidier, Vernet, partitions du XIXᵉ siècle).

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