Chaque année, le 14 juillet, les Français assistent aux défilés, applaudissent les feux d’artifice et dansent lors des bals populaires.
Ces traditions nous semblent immuables.
Quand et comment s’est déroulé le premier 14 juillet ?
Le 14 juillet 1880, des millions de Français découvrent pour la première fois une fête nationale qui deviendra l’un des grands rendez-vous de notre histoire.
Grâce aux journaux de l’époque, il est possible de revivre cette journée presque heure par heure… comme si nous étions aux côtés de nos ancêtres.
Avant 1880, le 14 juillet n’était pas la fête nationale
Contrairement à une idée largement répandue, la France ne célèbre pas le 14 juillet depuis la Révolution.
Au XIXᵉ siècle, chaque régime politique possède sa propre fête officielle.
Sous Napoléon Ier, on célèbre la Saint-Napoléon le 15 août.
Sous la Restauration, les fêtes sont liées au souverain régnant.
Sous la Monarchie de Juillet, on fête le roi Louis-Philippe.
Sous le Second Empire, la Saint-Napoléon revient.
Ce n’est qu’avec la Troisième République qu’une loi, promulguée le 6 juillet 1880, établit définitivement le 14 juillet comme fête nationale.
Les maires disposent alors de seulement huit jours pour organiser les festivités.
Pourquoi le 14 juillet ? La Fête de la Fédération, un souvenir souvent oublié
Beaucoup pensent que le 14 juillet commémore uniquement la prise de la Bastille en 1789.
En réalité, les parlementaires souhaitent choisir une date capable de rassembler tous les Français.
Ils retiennent donc également le souvenir de la Fête de la Fédération, célébrée le 14 juillet 1790, un an après la prise de la Bastille.
Cette immense cérémonie se déroule sur le Champ-de-Mars à Paris.
Des gardes nationaux venus de toutes les provinces, appelés les fédérés, rejoignent la capitale pour célébrer l’unité retrouvée du pays.

Le Figaro du 15/07/1880
Au cours de cette journée, le marquis de Lafayette prête serment au nom de la Garde nationale. Louis XVI jure fidélité à la Constitution, tandis que les représentants de la Nation prêtent eux aussi serment.
Pour les républicains de 1880, cette fête symbolise moins la révolution que la réconciliation des Français.
C’est cet esprit d’unité que la nouvelle fête nationale souhaite faire revivre.

« Déjà nos rues sont pavoisées… »
La veille du 14 juillet, Le Temps décrit une capitale en pleine effervescence :
« Déjà nos rues sont pavoisées et les lanternes de toutes formes et de toutes couleurs, prêtes pour l’illumination de demain, se balancent aux croisées. »

Le journaliste remarque aussitôt ce qui différencie cette fête des anciennes célébrations monarchiques.
Sous les rois, explique-t-il, le peuple assistait aux cérémonies.
En 1880, il devient acteur de la fête.
Les habitants décorent leurs maisons, installent des drapeaux, suspendent des lanternes et participent eux-mêmes aux réjouissances.
Le journal résume parfaitement cette nouveauté :
« Ce sera véritablement la nation se fêtant elle-même. »
Cette phrase résume sans doute mieux que n’importe quel discours l’esprit du premier 14 juillet.
Le programme officiel : une journée exceptionnelle
Les journaux publient le programme officiel affiché sur les murs de Paris.

Journal des villes et des campagnes 13/07/1880
La fête commence dès le 13 juillet au soir.
Des salves d’artillerie annoncent les festivités.
Le lendemain, la cérémonie la plus importante se déroule à Longchamp, où le président Jules Grévy remet officiellement les nouveaux drapeaux aux régiments français.
Pendant ce temps, la ville se transforme.
Les édifices publics sont pavoisés.
Des milliers de lanternes sont installées.
Des arcs de triomphe provisoires décorent plusieurs quartiers.
Le programme prévoit également :
- six grands feux d’artifice répartis dans Paris ;
- deux concerts géants aux Tuileries et au Luxembourg ;
- des illuminations utilisant lampions, guirlandes de gaz, lumière électrique et feux de Bengale ;
- des fêtes foraines, concerts et décorations dans chaque arrondissement.
Une phrase attire particulièrement l’attention :
« La fête sera célébrée le même jour dans les départements. »
Autrement dit, cette journée n’appartient pas seulement à Paris.
Les villages et les petites villes sont eux aussi invités à écrire cette première page de l’histoire du 14 juillet.
Et dans les villages ?
Si les journaux parlent surtout de Paris, les archives communales montrent que les maires s’activent partout en France.
On achète des drapeaux.
On tend des guirlandes.
Les fanfares répètent.
Les pompiers défilent.
Les enfants participent aux cérémonies.
Des jeux sont organisés sur la place du village.
Courses en sac, mâts de cocagne, concours de tir ou jeux d’adresse rythment l’après-midi.
Puis viennent les banquets.
Enfin, les bals populaires réunissent toutes les générations jusque tard dans la nuit.
Qui sait ?
Peut-être que deux de vos arrière-arrière-grands-parents se sont rencontrés lors d’un bal de ce premier 14 juillet officiel.
Les journaux de l’époque allaient jusqu’à publier le programme des festivités de chaque arrondissement de Paris. Si vous aimez faire revivre le quotidien de nos ancêtres, je vous invite à parcourir ces pages conservées par Gallica : elles permettent de suivre presque heure par heure les réjouissances, les concerts, les bals, les illuminations et les feux d’artifice qui animaient la capitale ce 14 juillet 1880. Le Figaro sur Gallica
Une presse parfois enthousiaste… parfois critique
Tous les journaux ne portent pas le même regard sur cette nouvelle fête.
Là où Le Temps célèbre une nation rassemblée, Le Figaro se montre beaucoup plus réservé.
Le lendemain des festivités, il écrit :
« La fête du 14 juillet a été sensiblement moins brillante… »
Le journal estime que l’enthousiasme n’a pas toujours été à la hauteur des espérances.
Cette diversité des points de vue rappelle qu’un événement historique est toujours vécu différemment selon les convictions de chacun.

Les journaux de vos ancêtres racontent une autre histoire
Ce qui frappe à la lecture de ces journaux, ce ne sont pas seulement les cérémonies officielles.
Ce sont tous ces petits détails qui rendent cette journée vivante.
Les lanternes suspendues aux fenêtres.
Les rues pavoisées de drapeaux.
Les enfants impatients.
Les fanfares qui parcourent les quartiers.
Les bals qui se prolongent jusque dans la nuit.
Pour les journalistes de juillet 1880, tout cela constitue une actualité.
Pour nous, cent quarante-cinq ans plus tard, ces articles sont devenus de véritables témoignages sur la vie quotidienne de nos ancêtres.
Ils nous permettent de voir cette journée non pas comme une simple date dans un manuel d’histoire, mais comme eux l’ont réellement vécue.
Et si vos ancêtres avaient participé à cette première fête ?
Les archives municipales conservent parfois les programmes des festivités, les délibérations du conseil municipal, les factures des décorations ou encore les dépenses engagées pour la fanfare et les feux d’artifice.
Si vos arrière-arrière-grands-parents vivaient dans la même commune en 1880, il est possible que ces documents racontent précisément la journée qu’ils ont connue.
C’est une autre façon de faire de la généalogie : non plus seulement retrouver des noms et des dates, mais redonner vie aux événements qui ont rythmé leur existence.
Sources
- Loi du 6 juillet 1880 instituant le 14 juillet comme fête nationale (Journal officiel).
- Le Temps, édition du 13 juillet 1880.
- Le Figaro, éditions des 14 et 15 juillet 1880.
- La France, édition du 15 juillet 1880.
- Journal des villes et des campagnes, programme officiel des festivités du 14 juillet 1880.
- Bibliothèque nationale de France – Gallica, La fête nationale du 14 Juillet : aux sources d’une double commémoration.
- Présidence de la République, historique de la fête nationale.
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