Grandvillars – New York : comment une famille s’est dispersée entre deux continents (1/3)

Grandvillars New-York une migration au XIXème siècle

Grandvillars New-York, une migration au XIXème siècle.

Lorsque j’ai entrepris d’étudier la vie de mon ancêtre Anne Marie WEDLY, je pensais écrire l’histoire d’une jeune femme devenue veuve à seulement vingt-huit ans. Je connaissais déjà les grandes lignes de son existence : son mariage avec Célestin BLONDE, la naissance de leurs deux enfants, puis le décès prématuré de son mari à Porrentruy (canton du Jura, Suisse) en 1883.

Mais un détail me troublait depuis longtemps.

Après la mort de Célestin, Anne Marie quitte Grandvillars (Haut-Rhin, aujourd’hui Territoire de Belfort) et laisse derrière elle ses deux jeunes enfants, Charles et Marie-Hortense. Ils grandissent sans leur mère. Les documents permettent de suivre leurs parcours, mais ne disent rien des circonstances de cette séparation.

Une question s’impose alors naturellement : qui les a élevés ?

Anne Marie pouvait-elle compter sur sa belle-famille ? Les grands-parents étaient décédés quelques années plus tôt. Restait-il des frères, des sœurs, des oncles ou des tantes capables d’accueillir les enfants ?

C’est pour répondre à ces interrogations que j’ai commencé à reconstituer la famille BLONDE. J’étais loin d’imaginer que cette recherche me conduirait, quelques heures plus tard, jusqu’à New York, au Massachusetts et au Connecticut, sur les traces d’une partie de la famille qui avait quitté la France.

Une famille enracinée dans le Haut-Rhin

L’histoire débute avec Thiébaut BLONDE, né vers 1794 à Traubach-le-Haut (Haut-Rhin), et Catherine Marie PATAT. Ils se marient en 1830 à Reppe (Haut-Rhin, aujourd’hui Territoire de Belfort) et y fondent une famille de dix enfants. À cette époque, Reppe et Grandvillars appartiennent encore au département du Haut-Rhin. Le Territoire de Belfort n’existe pas encore ; il ne prendra son identité administrative qu’après les bouleversements de la guerre de 1870.

Leur vie ressemble à celle de nombreuses familles rurales de la première moitié du XIXᵉ siècle. Thiébaut est cultivateur. Les enfants grandissent dans un territoire où l’agriculture reste dominante, mais où les activités industrielles se développent progressivement autour de Grandvillars, Delle, Beaucourt et Belfort. Beaucoup d’habitants partagent alors leur temps entre les travaux agricoles et les usines ou les ateliers voisins. C’est dans cet environnement que Célestin deviendra plus tard mécanicien et ouvrier de fabrique.

Comme beaucoup de familles de cette époque, les BLONDE connaissent également les épreuves. Leur petite fille Victoire meurt avant l’âge de deux ans. Plus tard, plusieurs de leurs enfants perdront eux aussi des nourrissons ou de très jeunes enfants. Aujourd’hui ces drames paraissent exceptionnels ; ils étaient malheureusement fréquents au XIXᵉ siècle, avant les progrès de l’hygiène, de la vaccination et de la médecine.

Une fratrie qui prend des chemins différents

Les dix enfants de Thiébaut et Catherine suivent des destins très différents.

Marie Anne reste à Grandvillars et fonde une famille nombreuse. Sophie y construit également la sienne. Célestin épouse Anne Marie WEDLY en 1876 et semble destiné à poursuivre sa vie dans la région.

Au recensement de 1866, plusieurs frères et sœurs vivent encore sous le toit familial. Un détail attire pourtant mon attention : une petite fille de deux ans, Adèle Louise BLONDE, est également présente. Elle est la fille naturelle d’Adélaïde, l’une des filles de Thiébaut.

recensement 1866 Grandvillars Blondé

Dix ans plus tard, lorsque je consulte le recensement de 1876, je retrouve cette même Adèle, désormais âgée de douze ans. Elle ne vit plus chez ses grands-parents, tous deux décédés en 1875, mais chez son oncle Célestin BLONDE et son épouse Anne Marie WEDLY.

recensement 1876 Grandvillars Blonde et Wettly

Cette présence soulève immédiatement une nouvelle question.

Où est passée sa mère ?

Une découverte inattendue

Je m’attendais à retrouver Adélaïde dans une commune voisine, peut-être à Grandvillars ou dans un village alentour.

Les archives racontent une tout autre histoire.

Adélaïde s’est mariée en 1871 avec Cyprien DUPONT dans le Massachusetts (États-Unis), où elle fonde une nouvelle famille.

mariage Cyprien Dupont et Adelaide Blonde

Cette découverte est déjà surprenante.

Mais quelques recherches supplémentaires révèlent qu’elle n’est pas la seule.

Sa sœur cadette, Henriette BLONDE, épouse de Georges HERBUTE, s’est elle aussi installée aux États-Unis. Les recensements américains la retrouvent successivement dans l’État de New York puis à Danbury (Connecticut, États-Unis), où grandissent ses enfants et, bientôt, ses petits-enfants.

À cet instant, je comprends que mon enquête vient de changer de nature, je ne cherche plus seulement à comprendre qui a pu entourer les enfants d’Anne Marie WEDLY après la mort de leur père, je découvre qu’une partie de la famille BLONDE s’est dispersée entre la France et les États-Unis.

Une histoire encore incomplète

Pourquoi Adélaïde et Henriette ont-elles quitté leur région natale au début des années 1870 ?

Sont-elles parties ensemble ou à quelques mois d’intervalle ?

L’une a-t-elle ouvert la voie à l’autre ?

À ce jour, les documents retrouvés ne permettent pas de répondre avec certitude à ces questions. Les mariages américains, les recensements et les actes retrouvés prouvent leur installation outre-Atlantique, mais les listes de passagers restent encore incomplètes.

C’est justement ce qui rend cette enquête si passionnante. Chaque document apporte une réponse… mais fait naître de nouvelles interrogations.

Dans le prochain épisode, nous quitterons les registres français pour suivre les traces de ces deux sœurs en Amérique et tenter de comprendre comment une famille originaire de quelques villages du Haut-Rhin s’est retrouvée dispersée entre Grandvillars, New York, le Massachusetts et le Connecticut.

À suivre…

Épisode 2 : Grandvillars – New York : comment une famille s’est dispersée entre deux continents (2/3) ou comment retrouver une famille aux Etats-Unis.

Sources et méthodologie

Cet article est le résultat d’une recherche croisant des sources françaises et américaines. Les informations présentées proviennent principalement des registres d’état civil, des recensements français et américains, des actes de mariage, des listes de passagers, des cartes d’enregistrement militaire américaines (World War I Draft Registration Cards), ainsi que de ma base généalogique constituée au fil de plus de vingt années de recherches.

Pour replacer le parcours de la famille BLONDE dans son contexte, j’ai également consulté des travaux historiques consacrés à l’histoire du Territoire de Belfort, à l’émigration alsacienne vers les États-Unis au XIXᵉ siècle et aux conséquences de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Ces recherches permettent d’éclairer l’environnement économique, social et politique dans lequel cette famille a vécu, sans pour autant attribuer aux personnes des motivations que les documents ne permettent pas de démontrer.

Comme souvent en généalogie, certaines questions demeurent sans réponse. Les hypothèses évoquées dans cette série seront toujours clairement distinguées des faits établis par les sources. L’objectif n’est pas de combler les silences des archives, mais de reconstituer, avec le plus de rigueur possible, le parcours de cette famille entre la France et les États-Unis.

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