Grandvillars – New York : comment une famille s’est dispersée entre deux continents (2/3)

Retrouver une famille française aux États-Unis

Retrouver une famille française aux États-Unis : une véritable enquête généalogique

Lorsque des ancêtres quittent la France, les recherches changent complètement de dimension. Il faut apprendre à chercher autrement, accepter les erreurs des indexations et parfois remettre en cause tout ce que l’on croyait savoir.

Dans le premier épisode, je vous ai raconté comment une simple question sur les enfants de mon ancêtre Anne Marie WEDLY m’avait conduite jusqu’à une découverte inattendue : deux des sœurs de son premier mari, Célestin BLONDE, avaient quitté la France pour s’installer aux États-Unis.

À partir de ce moment-là, mon enquête a complètement changé de nature.

Jusqu’alors, je travaillais comme je le fais habituellement pour les familles françaises : registres paroissiaux, état civil, recensements, archives départementales, registres matricules… Des sources que les généalogistes français connaissent bien.

Mais une fois la famille arrivée de l’autre côté de l’Atlantique, il faut presque repartir de zéro. Les archives sont différentes, les habitudes aussi, et les difficultés se multiplient.

Changer complètement sa manière de chercher

La première erreur serait de croire qu’il suffit de saisir un nom dans un moteur de recherche.

En réalité, retrouver une famille française installée aux États-Unis demande beaucoup de patience… et une bonne dose d’imagination.

Les patronymes sont souvent mal retranscrits. Les accents disparaissent. Les recenseurs écrivent ce qu’ils entendent. Les indexeurs interprètent une écriture parfois difficile à déchiffrer. Au fil des décennies, une même famille peut ainsi apparaître sous plusieurs orthographes différentes.

Dans mes recherches, j’ai rencontré des variantes pour BLONDE, HERBUTE, DUPONT ou encore PASQUET. Certaines étaient faciles à reconnaître, d’autres beaucoup moins.

Très vite, j’ai compris qu’il ne fallait jamais chercher uniquement l’orthographe exacte d’un nom et qu’il fallait chercher dans l’entourage de l’individu qu’on cherche.

Les prénoms changent eux aussi

Les patronymes ne sont pas les seuls à évoluer, les prénoms se transforment également.

Henriette devient parfois Henrietta, Georges devient George, Jules devient Julius, Élisabeth peut devenir Elizabeth voire Lizbet.

Dans certains cas, il s’agit d’une véritable américanisation du prénom. Dans d’autres, c’est simplement le recenseur qui écrit la version anglaise la plus proche de ce qu’il entend.

Ces changements peuvent sembler anodins. Pourtant, ils compliquent énormément les recherches lorsque l’on ne les anticipe pas.

FamilySearch : une porte d’entrée exceptionnelle

Pour cette enquête, FamilySearch a été l’un de mes principaux outils.

Le site donne accès gratuitement à des millions d’images provenant des archives américaines : recensements, actes de mariage, listes de passagers, registres de décès…

Son moteur de recherche est particulièrement efficace, mais il faut apprendre à ne pas lui faire une confiance aveugle.

Une mauvaise lecture d’un nom, une lettre mal interprétée ou une simple erreur d’indexation peuvent empêcher de retrouver un document pourtant bien présent.

Il m’est arrivé plusieurs fois de retrouver un acte uniquement après avoir changé l’orthographe d’un patronyme, essayé un prénom différent ou recherché uniquement une date de naissance.

La généalogie devient alors un véritable jeu de pistes.

Findmypast : retrouver le fil de plusieurs générations

J’ai également utilisé Findmypast, dont je disposais déjà pour d’autres recherches.

Là encore, les résultats sont parfois surprenants.

Certains documents absents de FamilySearch apparaissent sur Findmypast, tandis que l’inverse est tout aussi vrai.

Les recensements américains y sont particulièrement riches. Ils permettent de suivre une famille tous les dix ans et d’observer son évolution.

On voit les enfants grandir, quitter le foyer, se marier, devenir eux-mêmes parents.

Sans ces recensements successifs, il aurait été beaucoup plus difficile de reconstituer l’histoire des sœurs BLONDE.

Les recensements américains racontent bien plus qu’une simple composition de famille

C’est probablement ce qui m’a le plus impressionnée.

En France, un recensement permet essentiellement de connaître les personnes vivant dans un même foyer à une date donnée.

Aux États-Unis, les informations sont souvent beaucoup plus détaillées.

Le recensement de 1910 concernant Henriette HERBUTE (son nom de femme mariée) m’a ainsi appris l’année approximative de son immigration, sa langue maternelle, son niveau d’instruction, sa nationalité, la profession de son mari, leur situation immobilière, mais aussi la présence de leur fils George Henry et de leur petite-fille Estelle.

census 1910 Connecticut

Quelques colonnes plus loin, une simple mention indiquait également si le logement était possédé ou loué.

Le recensement de 1900 concernant Adélaïde DUPONT (son nom de femme mariée) m’a, quant à lui, réservé une autre surprise.

Une colonne indiquait le nombre d’enfants qu’elle avait mis au monde… et le nombre encore vivants.

En une seule ligne, j’apprenais qu’elle avait donné naissance à huit enfants, mais que cinq seulement étaient encore en vie.

Cette information ouvrait immédiatement de nouvelles pistes de recherche.

census 1900 Lee Massachussets

Chaque document répond à une question… et en pose plusieurs autres

Au fil des semaines, je me suis rendu compte qu’une découverte n’en remplaçait jamais une autre, elle en créait de nouvelles.

Je cherchais d’abord à comprendre qui avait élevé les enfants d’Anne Marie WEDLY. Puis je me suis demandé où était partie Adélaïde.

Ensuite, j’ai découvert Henriette. Puis leurs enfants. Puis leurs petits-enfants.

Puis les cartes d’enregistrement militaire. Puis de nouveaux recensements.

Chaque document semblait prolonger l’enquête plutôt que la terminer.

Accepter de ne pas tout savoir

Malgré toutes ces découvertes, plusieurs questions restent ouvertes.

Je ne sais toujours pas sur quel navire Adélaïde a traversé l’Atlantique.

Je ne peux pas affirmer si Henriette est partie avec elle ou si elle l’a rejointe plus tard.

Je pense avoir retrouvé Adèle Louise BLONDE sur la liste des passagers du Labrador en 1879, mais rien ne permet encore de confirmer définitivement qu’il s’agit bien de la nièce de Célestin.

liste passager Labrador 1879

Ces incertitudes font partie intégrante de la recherche généalogique.

Elles rappellent qu’il faut toujours distinguer les faits établis par les documents des hypothèses que l’on construit pour orienter ses recherches.

Une enquête loin d’être terminée

Cette famille BLONDE m’a déjà conduite des villages du Haut-Rhin d’autrefois jusqu’à New York, au Massachusetts et au Connecticut.

Pourtant, j’ai la conviction que l’enquête est encore loin d’être terminée.

D’autres listes de passagers apparaîtront peut-être un jour.

De nouveaux documents seront mis en ligne.

Un descendant américain prendra peut-être contact.

C’est ce qui rend la généalogie si passionnante : chaque réponse ouvre une nouvelle porte.


Sources et méthodologie

Les recherches présentées dans cet article reposent sur le croisement de plusieurs fonds documentaires : archives françaises, recensements fédéraux américains, actes d’état civil, listes de passagers, cartes d’enregistrement militaire de la Première Guerre mondiale, ainsi que les bases de données FamilySearch et Findmypast. Comme toujours, les informations ont été confrontées entre elles avant d’être intégrées à cette étude. Lorsque plusieurs interprétations demeurent possibles, elles sont présentées comme des hypothèses et non comme des certitudes.


Mise à jour du 19 août 2026 : le bateau d’Adélaïde retrouvé !

Depuis la publication de cet article, l’enquête a déjà avancé !

Grâce à un lecteur qui a poursuivi les recherches de son côté, j’ai enfin retrouvé l’arrivée d’Adélaïde BLONDE à New York en 1870. Une découverte d’autant plus intéressante que le document était accessible sur FamilySearch… et que j’étais déjà passée par le profil sur lequel il figurait !

Je l’avais vu, mais je n’avais tout simplement pas repéré cette information.

C’est probablement l’une des meilleures illustrations des difficultés que j’évoquais dans cet article. Sur FamilySearch, un profil peut rassembler de nombreux événements, sources et rapprochements. Lorsqu’on cherche un individu parmi des variantes de noms, de prénoms et des dizaines de résultats, il est très facile de se concentrer sur les recensements ou les actes d’état civil et de passer à côté d’une source pourtant essentielle.

Cette fois, nous avons donc une information capitale : Adélaïde était déjà aux États-Unis en 1870, avant son mariage avec Cyprien DUPONT en 1871. Cela permet de resserrer considérablement la période de son départ de France et apporte une nouvelle pièce à la chronologie familiale.

Et surtout, cette découverte rappelle une règle que je vais désormais appliquer encore davantage : revenir régulièrement sur les profils déjà consultés et examiner une à une toutes les sources qui leur sont rattachées.

Un grand merci à l’internaute qui a pris le temps de chercher et de me signaler cette piste. C’est aussi cela, la généalogie : une enquête personnelle qui avance parfois grâce au regard d’un autre.


Episode précédent

Épisode 1 : Grandvillars – New York : comment une famille s’est dispersée entre deux continents (1/3)

À suivre…

Épisode 3 : Les sœurs BLONDE aux États-Unis : ce que leur histoire nous apprend sur l’émigration française au XIXᵉ siècle.

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