Au printemps 1833, Élisabeth SCHWALM quitte son mari et ses enfants et retourne chez son père. Elle a environ 39 ans. Elle explique que son ménage traverse une mauvaise passe et demande simplement à être accueillie quelque temps.
Quelques semaines plus tard, son père et sa belle-mère manquent de mourir empoisonnés. Dans les restes d’une soupe, on retrouvera de l’arsenic. Élisabeth sera jugée, condamnée aux travaux forcés à perpétuité et enfermée loin des siens.
Mais l’histoire ne s’arrête pas à la porte de la prison.
À Anjoutey (Territoire de Belfort), son mari reste avec leurs enfants. Parmi eux, Françoise POIRIER n’a qu’une dizaine d’années lorsque sa mère disparaît ainsi de sa vie. Quinze ans plus tard, devenue mère à son tour sans être mariée, elle confiera ses deux enfants à l’assistance. Et ces deux enfants, Alexis et Marguerite, finiront par quitter la France pour La Nouvelle-Orléans, à seulement 15 et 11 ans.
Entre une soupe empoisonnée en 1833 et un départ pour l’Amérique en 1858, c’est donc toute une famille que l’on voit peu à peu se disloquer.
Avant le drame, une famille d’Anjoutey
Élisabeth SCHWALM naît vers 1794. Elle est la fille de Jean Georges SCHWALM, né le 2 mars 1769 à Grosmagny, et de Françoise LIÉNARD, que celui-ci a épousée le 3 août 1790 à Rougegoutte.
Élisabeth grandit au milieu d’une fratrie nombreuse. Elle a notamment pour frères et sœurs Marie Anne, née en 1791, Marie Françoise en 1792, Jean Pierre en 1796, Jean Claude en 1799 et un autre Jean Claude en 1802.
Le 26 janvier 1819, à Anjoutey, Élisabeth, âgée de 24 ans, épouse François Xavier POIRIER, 27 ans, cordonnier.
François Xavier est déjà veuf. Il avait épousé en 1814 Marguerite FRAYE, morte en 1816, dont il avait eu un fils, Nicolas POIRIER, né en 1815. Élisabeth entre donc dans un foyer où se trouve déjà un jeune enfant.
De leur propre union naissent ensuite plusieurs enfants, dont Françoise POIRIER, née vers 1821-1822, et Xavier POIRIER. La composition complète de leur fratrie reste à établir précisément.
En 1823, Élisabeth perd sa mère, Françoise LIÉNARD.
Son père, Jean Georges SCHWALM, ne reste pas veuf longtemps. Le 31 mai 1823, à Petitmagny, il épouse en secondes noces Marie Catherine GIRARDEY, née vers 1785. Elle a alors environ 38 ans, tandis que Jean Georges en a 54.
Dix ans plus tard, ce second mariage va se retrouver au cœur d’une affaire criminelle.
En mars 1833, Élisabeth quitte son mari et ses enfants
Au début de l’année 1833, Élisabeth approche de la quarantaine. Son père Jean Georges a 64 ans et sa belle-mère Marie Catherine environ 48 ans.
Quelque chose ne va plus dans son propre ménage.
En mars, Élisabeth quitte François Xavier POIRIER et retourne chez son père. Le compte rendu judiciaire expliquera qu’elle invoque une « mésintelligence avec son mari ».
Elle laisse donc derrière elle son époux et ses enfants.
Nous ne connaissons pas encore l’âge exact de chacun d’eux en 1833. Mais nous pouvons en situer au moins deux : Nicolas, le fils du premier mariage de François Xavier, a environ 18 ans ; Françoise, la fille d’Élisabeth, environ 11 ans.
Pour cette dernière, le départ de sa mère n’est pas une simple absence de quelques semaines. Elle ne le sait évidemment pas encore, mais sa vie familiale vient de basculer.
Pendant ce temps, Élisabeth s’installe chez son père et Marie Catherine. Elle y reste près de deux mois.
Une première soupe, le 28 avril
Le 28 avril 1833, un événement inquiétant survient dans la maison des SCHWALM.
Jean Georges et Marie Catherine mangent une soupe et tombent tous les deux gravement malades.
Ils ne sont pas les seuls, un petit garçon du voisinage en mange également et présente les mêmes symptômes.
À ce stade, du moins d’après le récit publié après le procès, personne ne semble encore accuser ouvertement Élisabeth.
La vie reprend et Élisabeth reste sous le toit de son père pendant encore onze jours.
Le 9 mai, elle prépare son départ
Le 9 mai 1833, Élisabeth se retrouve seule dans la cuisine.
Elle rassemble des vêtements, prépare un paquet et semble vouloir quitter la maison sans prévenir.
Mais au moment de partir, elle rencontre son père à la porte. Jean Georges se méprend sur ses intentions. Puisqu’elle lui avait expliqué deux mois auparavant avoir quitté son foyer à cause de ses difficultés conjugales, il pense qu’elle a finalement décidé de retourner auprès de François Xavier.
Il approuve son choix. Élisabeth s’en va. Puis vient l’heure du repas.
« La soupe parut amère, mauvaise »
Jean Georges SCHWALM et Marie Catherine GIRARDEY commencent à manger la soupe qui a été préparée.
Quelque chose ne va pas.
Elle a un goût étrange. Le compte rendu français de l’affaire la décrit comme « amère, mauvaise ».
Méfiants, les époux en donnent au chat. La réaction de l’animal est immédiate. Il se met à crier et tombe mort.
Jean Georges et Marie Catherine sont eux-mêmes en grand danger. Un médecin, le docteur Belz, intervient rapidement. Il parvient à les sauver. Et soudain, ce qui s’était produit le 28 avril, onze jours auparavant, prend un tout autre sens.
Deux soupes. Deux intoxications touchant les mêmes personnes. Et cette fois, un animal mort presque immédiatement après en avoir mangé.
« Tu m’as poudré ma soupe »
Le lendemain, 10 mai, Élisabeth revient. Elle vient chercher sa malle.
Son père l’accueille avec une accusation terrible :
« Tu m’as poudré ma soupe. »
Élisabeth ne répond pas, elle prend ses affaires et repart.
Le problème, pour l’enquête, est que la soupe a déjà été jetée. On ne peut donc plus l’analyser directement.
Mais elle a été répandue sur le sol, la terre est examinée. On y décèle de l’arsenic.
Les enquêteurs découvrent également que les rapports familiaux étaient loin d’être apaisés. Des propos menaçants qu’Élisabeth aurait tenus à l’encontre de son père et de sa belle-mère sont évoqués.
Reste à comprendre pourquoi une fille aurait voulu tuer son père.
Une affaire de biens ?
Le compte rendu judiciaire avance une explication, mais avec prudence :
« Il paraît que l’intérêt a dicté ce crime. »
Élisabeth aurait demandé à plusieurs reprises à son père de lui abandonner, de son vivant, une partie de ses biens.
Il serait facile d’en faire une histoire d’héritage et d’affirmer qu’elle voulait accélérer la mort de Jean Georges pour récupérer son patrimoine.
Les documents dont nous disposons ne permettent pas d’aller aussi loin.
Une question d’argent et de transmission des biens semble bien avoir existé. Elle est évoquée lors du procès. Mais nous ne pouvons pas confirmer qu’elle constitue à elle seule le mobile d’Élisabeth.
Le dossier de la cour d’assises, s’il est conservé, pourrait peut-être un jour en dire davantage.
Le procès de décembre 1833
Élisabeth comparaît devant la cour d’assises de Colmar le 27 décembre 1833. Elle est jugée pour avoir tenté d’empoisonner son père et sa belle-mère.
Les jurés la déclarent coupable. Ils lui reconnaissent cependant des circonstances atténuantes, ce qui lui évite la peine capitale.
La sanction reste terrible : les travaux forcés à perpétuité.
La cour ordonne également son exposition publique sur la place de Belfort.
Le compte rendu du procès précise que son attitude pendant les débats avait été jugée peu satisfaisante. Lorsque la sentence est prononcée, en revanche, Élisabeth se met à pleurer.
À environ 39 ans, sa vie de femme libre s’arrête.

Elle sera détenue à la maison centrale de Haguenau. Des années plus tard, les recensements familiaux conserveront encore la trace de cette absence en indiquant qu’elle y est détenue.
À Anjoutey, ceux qui restent
Le procès s’achève. Les journaux peuvent passer à une autre affaire.
La famille POIRIER, elle, doit continuer à vivre.
François Xavier se retrouve privé de son épouse. Ses enfants, eux, n’ont plus leur mère auprès d’eux.
Et tout cela se déroule à Anjoutey, village d’environ 725 habitants. La condamnation d’une femme du village aux travaux forcés à perpétuité pour avoir tenté d’empoisonner son père et sa belle-mère n’a certainement pas dû passer inaperçue. Ce que les habitants en ont dit, en revanche, nous l’ignorons et il serait hasardeux de l’imaginer.
Trois ans après le procès, le recensement de 1836 permet de retrouver le foyer.

François Xavier POIRIER a 44 ans et exerce toujours son métier de cordonnier. Avec lui apparaissent notamment Nicolas, 21 ans, et Françoise, 14 ans, domestique.
Pour Françoise, l’adolescence se déroule donc auprès de son père, avec derrière elle une histoire familiale particulièrement lourde : elle avait environ onze ans lorsque sa mère a quitté le domicile, avant d’être condamnée à perpétuité quelques mois plus tard.
Quelques années passent.
Et c’est maintenant la vie de Françoise qui va devenir difficile à suivre.
À vingt ans, Françoise devient mère
Le 12 décembre 1842, à Anjoutey, Françoise POIRIER accouche d’un garçon.
Elle a 20 ans.
L’acte la qualifie de demoiselle, c’est-à-dire qu’elle n’est pas mariée, et de couturière. Elle est toujours présentée comme la fille de François Xavier POIRIER, cordonnier.
L’enfant reçoit le prénom d’Alexis. Aucun père n’est déclaré.
Françoise élève donc un enfant naturel dans le même village où son père exerce son métier et où l’histoire de sa mère a eu lieu moins de dix ans auparavant.
En 1846, elle est toujours à Anjoutey, toujours auprès de François Xavier et toujours couturière.

Puis, le 26 février 1847, elle donne naissance à un deuxième enfant. Cette fois, c’est une fille : Marguerite POIRIER. Françoise a 25 ans et exerce alors le métier de tisseuse. Là encore, aucun père n’est indiqué. La naissance est déclarée par une sage-femme, Catherine Vitait.
Françoise est désormais seule, juridiquement du moins, avec deux enfants naturels de quatre ans et quelques jours.
Moins de deux ans plus tard, une décision bouleverse leur existence.
Le 27 décembre 1848, les deux enfants entrent à l’assistance
Le registre général des enfants assistés de l’hospice de Belfort permet de retrouver Alexis et Marguerite.
Ils portent deux numéros matricules consécutifs :
Marguerite POIRIER, matricule 1036.
Alexis POIRIER, matricule 1037.
Et surtout, ils sont admis le même jour : le 27 décembre 1848.
Alexis vient d’avoir 6 ans. Marguerite n’a que 1 an et 10 mois.
Françoise a alors environ 26 ans. Seize ans plus tôt, elle avait elle-même perdu sa mère lorsque celle-ci avait été condamnée aux travaux forcés à perpétuité. La voilà désormais séparée, au moins administrativement, de ses deux propres enfants.
Mais leur admission à l’hospice ne signifie pas qu’Alexis et Marguerite y vivent continuellement ni que tout lien avec leur famille est rompu. Les documents suivants montrent au contraire une situation plus complexe.

1854 : le grand-père prendrait-il la route de l’Amérique ?
Une liste de passagers arrivés à New York en 1854 contient un homme nommé Xavier POIRIER, âgé de 62 ans et donné comme né en 1792.


La concordance avec François-Xavier est remarquable.
Le père de Françoise est précisément né le 20 mars 1792 à Anjoutey. Il est encore présent dans le recensement de 1851, puis disparaît des recensements suivants d’Anjoutey.
Même prénom d’usage, même patronyme, même année de naissance, disparition de la commune au même moment : il est donc très probable que le Xavier POIRIER arrivé à New York en 1854 soit François-Xavier POIRIER.
Son fils, Nicolas né en 1815 est également présent avec lui. A noter que je n’ai pas identifier François né vers 1825 qui les accompagne.
Cette découverte est capitale pour comprendre ce qui va suivre car trois ans après cette arrivée à New York, les deux petits-enfants de François-Xavier doivent à leur tour être envoyés aux États-Unis.
En 1856, Françoise est toujours à Anjoutey, mais ses enfants ont disparu
Françoise, elle, n’a pas suivi son père en Amérique.
Le recensement de 1856 la retrouve toujours à Anjoutey. Elle a environ 34 ans, est couturière et vit avec son frère Jean Pierre POIRIER, journalier.

François-Xavier n’est plus là. Alexis et Marguerite non plus.
Et cette fois, les deux enfants ne sont pas simplement absents du ménage de leur mère : ils ne figurent pas dans le recensement d’Anjoutey.
Nous avons donc une famille désormais dispersée en au moins trois endroits : Françoise reste au village ; son père est très probablement parti aux États-Unis avec au moins l’un de ses frères; ses deux enfants, toujours enfants assistés, sont placés ailleurs.
Quelques mois plus tard, l’administration organise leur départ pour l’Amérique.
Février 1857 : Alexis et Marguerite doivent rejoindre l’Amérique
Le 3 février 1857, une famille d’Anjoutey prépare son départ pour La Nouvelle-Orléans.
Le père, Nicolas Ferdinand MONNIER, est un cultivateur de 36 ans. Il part avec sa femme Marie-Jeanne, âgée de 38 ans, et leurs quatre jeunes enfants.

Mais la famille MONNIER doit également emmener deux autres enfants :
Alexis POIRIER, 14 ans,
Marguerite POIRIER, presque 10 ans.
Le document les qualifie expressément d’« enfants assistés ».

Et une remarque explique la raison de leur présence auprès des MONNIER : les enfants POIRIER doivent être « remis à leurs parents ».
Cette formule, qui paraissait d’abord énigmatique, prend désormais un tout autre relief.
Alexis et Marguerite n’ont aucun père déclaré dans leurs actes de naissance et leur mère Françoise se trouve encore à Anjoutey en 1856. Mais leur grand-père maternel, François-Xavier POIRIER, est très probablement arrivé aux États-Unis en 1854.
Au XIXᵉ siècle, le mot « parents » peut désigner la parenté, et pas seulement le père et la mère. Il devient donc très tentant de penser que François-Xavier, ou d’autres membres de la famille partis outre-Atlantique, sont ceux auxquels l’administration entend remettre les enfants.
Nous ne pouvons cependant pas encore le prouver. Il manque une trace de François-Xavier aux États-Unis après son arrivée à New York, et surtout un document établissant explicitement que c’est bien lui qui attend Alexis et Marguerite.
Mais la succession des événements est désormais difficile à ignorer.
Seulement, en février 1857, Alexis et Marguerite ne partent pas.
Un voyage retardé de près d’un an et demi
Pourquoi les deux enfants ne sont-ils finalement pas montés à bord avec les MONNIER ? Le document ne le dit pas.
Ils restent donc en France tandis que Nicolas Ferdinand MONNIER, sa femme et leurs enfants poursuivent leur projet d’émigration.
Les mois passent, Alexis atteint ses quinze ans, Marguerite en a onze.
Et le registre des enfants assistés apporte alors un détail qui pourrait avoir son importance.
Le 7 juillet 1858, Marguerite fait sa première communion à Anjoutey.
Ce renseignement pourrait sembler anodin s’il n’était immédiatement suivi d’un autre événement :
le départ des deux enfants pour l’Amérique a lieu ce même mois de juillet 1858.
La proximité des dates est frappante. A-t-on finalement décidé de conserver Marguerite en France jusqu’à sa première communion avant de l’autoriser à traverser l’Atlantique ?
C’est une hypothèse séduisante, mais elle reste une hypothèse. Aucun des documents actuellement retrouvés n’indique que la communion est la raison du report du voyage.
Une chose est certaine : Marguerite est encore à Anjoutey le 7 juillet 1858.
Puis elle part.
Juillet 1858 : cette fois, ils partent
Une nouvelle inscription apparaît dans les documents d’émigration en juillet 1858.

Cette fois, ce ne sont plus les MONNIER qui sont en tête de la ligne.
Ce sont les enfants eux-mêmes : Alexis POIRIER, 15 ans, cultivateur, d’Anjoutey et avec lui, Marguerite POIRIER, 11 ans. Destination : La Nouvelle-Orléans.
L’administration n’a pas oublié le projet avorté de l’année précédente. Une remarque est ajoutée :
« devaient partir en 1857 avec Monnier Nicolas ».
Le lien entre les deux dossiers ne fait donc aucun doute. En février 1857, Alexis et Marguerite devaient traverser avec une famille adulte d’Anjoutey. En juillet 1858, ils sont enregistrés sans les MONNIER. Alexis n’a que quinze ans, Sa sœur en a onze. Aucun adulte accompagnateur n’est mentionné avec eux dans cette inscription.
Il faut cependant résister à l’image, aussi forte soit-elle, de deux enfants totalement seuls sur un navire au milieu de l’Atlantique. Le document administratif ne nous donne pas les conditions concrètes du voyage. Ils ont pu être confiés à un autre passager, à un intermédiaire ou au capitaine du navire.
Ce que nous pouvons affirmer est déjà suffisamment extraordinaire : deux enfants assistés de quinze et onze ans quittent la France pour La Nouvelle-Orléans sans qu’un adulte de leur famille soit mentionné avec eux dans le document de départ.
Et, très vraisemblablement, quelqu’un les attend de l’autre côté.
Leur grand-père les attend-il en Amérique ?
C’est désormais la grande question de cette enquête.
François-Xavier POIRIER a élevé sa fille Françoise après la condamnation d’Élisabeth. En 1851, il vit encore sous le même toit que Françoise et le petit Alexis.
Trois ans plus tard, un Xavier POIRIER de 62 ans, né en 1792, arrive à New York.
Puis ses petits-enfants doivent être envoyés en Amérique pour être « remis à leurs parents ».
L’hypothèse d’un grand-père parti en éclaireur, puis faisant venir ses petits-enfants, est extrêmement séduisante.
Mais une pièce manque encore : où vit François-Xavier après son arrivée à New York ?
Les enfants ne sont pas envoyés à New York mais vers La Nouvelle-Orléans. François-Xavier a très bien pu poursuivre son voyage vers la Louisiane ou une autre région du pays, mais nous n’en avons pas encore la preuve.
C’est donc là que s’arrête, pour l’instant, ce que les archives permettent d’affirmer.
Et Françoise reste derrière eux
Il reste enfin une personne dont la place dans cette histoire est particulièrement troublante : Françoise.
Enfant, elle avait vu sa propre mère disparaître.
En mars 1833, elle avait environ onze ans lorsque Élisabeth quitta François-Xavier et ses enfants pour retourner chez son père. À la fin de la même année, sa mère était condamnée aux travaux forcés à perpétuité.
Françoise avait alors grandi auprès de son père dans le petit village d’Anjoutey.
À vingt ans, elle avait eu Alexis, à vingt-cinq ans, Marguerite. Aucun père n’avait reconnu les deux enfants.
Puis, le 27 décembre 1848, à 26 ans environ, elle avait vu ses deux enfants être admis ensemble parmi les enfants assistés de l’hospice de Belfort.
Alexis était revenu vivre quelque temps auprès d’elle et de son grand-père. Marguerite, apparemment, était restée placée ailleurs.
Puis François-Xavier était très probablement parti pour l’Amérique.
Et finalement, ce sont Alexis et Marguerite qui avaient pris à leur tour la route de l’Atlantique.
Françoise, elle, était restée à Anjoutey.
Ainsi, en l’espace d’une génération, la petite fille dont la mère avait disparu derrière les murs d’une prison voit à son tour sa propre famille se disperser : son père outre-Atlantique, ses deux enfants pris en charge par l’assistance puis envoyés en Amérique.
Et l’histoire n’est peut-être pas terminée.
Car il reste encore à retrouver ce que deviennent François-Xavier, Alexis et Marguerite aux États-Unis, et à comprendre qui attend réellement les deux enfants lorsqu’ils prennent la direction de La Nouvelle-Orléans en juillet 1858.
C’est probablement de l’autre côté de l’Atlantique que se trouve désormais la dernière partie de leur histoire.
Sources
- Archives départementales du Territoire de Belfort, état civil d’Anjoutey : acte de mariage de François Xavier POIRIER et Élisabeth SCHWALM, 26 janvier 1819.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, état civil d’Anjoutey : acte de naissance d’Alexis POIRIER, 12 décembre 1842, fils naturel de Françoise POIRIER.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, état civil d’Anjoutey : acte de naissance de Marguerite POIRIER, 26 février 1847, fille naturelle de Françoise POIRIER.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, recensement de la population d’Anjoutey, 1836 : ménage de François Xavier POIRIER, avec notamment Nicolas et Françoise POIRIER ; mention d’Élisabeth SCHWALM détenue à la maison centrale de Haguenau.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, recensement de la population d’Anjoutey, 1846 : François Xavier POIRIER et Françoise POIRIER.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, recensement de la population d’Anjoutey, 1851 : François Xavier POIRIER, Françoise POIRIER et Alexis, indiqué comme « fils naturel de la précédente ».
- Archives départementales du Territoire de Belfort, recensement de la population d’Anjoutey, 1856 : Françoise POIRIER vivant avec son frère Xavier ; absence d’Alexis et Marguerite dans la commune.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, Assistance sociale – Enfants assistés – Hospice de Belfort, registre général n° 5, cote 3 X 89, 1843-31 août 1883 : fiches d’Alexis POIRIER, matricule 1037, et Marguerite POIRIER, matricule 1036 ; admission le 27 décembre 1848 ; première communion de Marguerite à Anjoutey le 7 juillet 1858.
- Archives départementales du Territoire de Belfort, documents relatifs aux départs pour l’Amérique : Nicolas Ferdinand MONNIER et sa famille, 3 février 1857, à destination de La Nouvelle-Orléans ; Alexis et Marguerite POIRIER mentionnés comme enfants assistés devant être « remis à leurs parents ».
- Archives départementales du Territoire de Belfort, documents relatifs aux départs pour l’Amérique : Alexis et Marguerite POIRIER, juillet 1858, destination La Nouvelle-Orléans ; mention qu’ils « devaient partir en 1857 avec Monnier Nicolas ».
- New York City Passenger Lists, 1820–1957, National Archives and Records Administration (NARA), publication M237, roll 145, film n° 000175501 : arrivée à New York en 1854 de Xavier POIRIER, 62 ans, né vers 1792 — identification avec François Xavier POIRIER très probable mais restant à confirmer définitivement.
- Gazette des Tribunaux, 8 janvier 1834 : compte rendu du procès d’Élisabeth SCHWALM devant la cour d’assises de Colmar, tentative d’empoisonnement de son père et de sa belle-mère, condamnation aux travaux forcés à perpétuité.
- Groninger Courant, 7 février 1834 (Pays-Bas) : compte rendu en néerlandais de l’affaire Élisabeth SCHWALM, reprenant les circonstances de l’empoisonnement et la condamnation.
- État civil de Grosmagny, Rougegoutte et Petitmagny : actes permettant de reconstituer la famille SCHWALM, notamment naissance de Jean Georges SCHWALM le 2 mars 1769, mariage avec Françoise LIÉNARD le 3 août 1790, puis remariage avec Marie Catherine GIRARDEY le 31 mai 1823.
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Passionnant et touchant. On comprend pourquoi les recherches généalogiques sont si prenantes…
Merci beaucoup Nicole. C’est exactement ce qui me passionne dans la généalogie : partir de quelques actes ou d’une simple mention dans un registre, puis voir peu à peu se dessiner toute une histoire familiale, avec ses drames, ses ruptures et ses départs. Dans ce dossier, plus j’avançais, plus le destin de Françoise et de ses enfants prenait une dimension humaine très forte.
Formidable d’avoir su remonter ce fil. Vous les avez fait revivre sous nos yeux. Cette recherche a dû être passionnante et sans doute longue, et pleine de surprises. Merci de nous avoir fait partager cette histoire.
Merci beaucoup pour votre si gentil commentaire ! Cette enquête m’a effectivement demandé beaucoup de recherches, mais elle m’a surtout réservé des surprises auxquelles je ne m’attendais absolument pas. Au départ, je ne pensais pas qu’une simple mention dans un recensement me conduirait à découvrir une histoire aussi riche, avec autant de destins à reconstituer. C’est exactement ce que j’aime dans la généalogie : partir d’un petit détail et, de fil en aiguille, redonner vie à des personnes oubliées. Et le plus passionnant, c’est qu’il me reste encore beaucoup de choses à découvrir !
Reste le problème du père des deux jeunes enfants partis en Amérique dont on ne parle jamais… et pour cause. Peut-être certaines circonstances l’empéchèrent de reconnaître ses deux enfants officiellement sans pour autant les abandonner.
Et ce grand-père de 62 ans (ce n’est pas un âge pour émigrer) mais peut-être ce départ préparait-il la venue future des deux petits enfants, voyage préparé , peut-être par le père des enfants, une façon comme une autre de faire disparaître une liaison inavouable ou coupable. Mais …
Bonjour, quelle histoire passionnante ! j’espère que leur vie aux Amériques sera à la hauteur de leurs attentes. Mais beaucoup de questions se posent : sont ils bien arrivés sur le sol américain ? en ce qui concerne Elisabeth est-elle morte en prison et à quelle date ? Françoise est elle décédée à Anjoutey ? plusieurs fois dans le texte vous dites « le père n’est pas connu »… cela m’interpelle : pourquoi le cordonnier est-il parti aux Amériques ? avait-il quelque chose à se reprocher ?… y aurait-il inceste caché…. affaire à suivre… cordialement. CP
Bonjour Chantal,
Merci beaucoup pour votre lecture attentive et pour toutes ces questions ! Vous soulevez justement plusieurs des mystères que je n’ai pas encore réussi à résoudre.
Concernant le départ pour l’Amérique, j’ai retrouvé une liste de passagers arrivés à New York en 1855, sur laquelle figurent trois POIRIER dont les âges correspondent à ceux des membres de cette famille. C’est une piste très encourageante, même si je n’ai pas encore pu confirmer définitivement leur identité ni découvrir ce qu’ils sont devenus une fois installés sur le sol américain.
Je n’ai pas non plus retrouvé la date et le lieu du décès d’Élisabeth, ni pu établir avec certitude ce qu’est devenue Françoise. Ce sont autant de recherches qu’il me reste à poursuivre !
Quant aux pères inconnus des enfants de Françoise, c’est effectivement une interrogation. Mais rien, dans les documents que j’ai consultés, ne permet d’envisager un inceste ou un quelconque secret familial de cette nature. À cette époque, les naissances hors mariage n’étaient pas exceptionnelles et l’absence de père déclaré ne suffit pas à tirer de conclusions.
Pourquoi les POIRIER sont-ils partis en Amérique ? Pour fuir un passé familial douloureux, retrouver des proches ou simplement espérer une vie meilleure ? Je n’en sais rien. Étant plutôt d’une nature optimiste, je préfère imaginer qu’ils sont partis chercher une existence plus heureuse. 😉
Cette enquête est donc loin d’être terminée ! C’est aussi ce qui me passionne dans la généalogie : chaque découverte apporte de nouvelles réponses, mais soulève souvent encore davantage de questions.
Merci encore pour votre intérêt et pour toutes ces réflexions qui donnent envie de poursuivre les recherches !
Superbe histoire passionnante! Entrevoir la vie de nos ancêtres est tout le sel de la généalogie!
Merci beaucoup ! Je suis entièrement d’accord avec vous. C’est ce qui me passionne le plus dans la généalogie : aller au-delà des dates et des noms pour essayer de comprendre comment nos ancêtres vivaient, ce qu’ils ont traversé et les choix qu’ils ont pu faire. Et parfois, une simple ligne dans un registre nous entraîne dans une histoire absolument inattendue ! 😊
Ayant fait des recherches sur mon grand -oncle il y a quelques années,
j´ai repris mon chemin directeur pour voir si je pouvais trouver quelque chose pourton histoire qui m´a trés interressé.
Je suppose que ce que tu as trouvé sur Xavier á son arrivée à new York qu´il se trouvait à bord du VAUCLUSE en 1858. Ce bateau a fait le Trajet suivant les annnées France – New York mais aussi France, escale de quelques jours à NY pour l´enregistrement, en autre des passagers et continuait son chemin vers la Nouvelle Orleans. Suivant mes recherches ie Vaucluse n´a pas fait en 1854 la traversée jusqu´ a la Nouvelle Orleans. Cela veut donc dire qu´il a pris un autre bateau. De Ny il a du prendre des cotiers qui eux n´avait pas à noter l´identité des passagers puis qu´il naviguait dans les eaux territoriales américaines. Il déclarait seulement le nombre de passagers.
Pour partir vers la Nouvelle Orléans il a du prendre de NY,le train en direction du prochain port soit BOSTON, CHARLOTTE OU SAVANNAH qui étaient des grands ports de départ pour les personnes de l´est des USA en direction de la Nouvelle Orleans. Si il est parti de Savannah, j´aurais la possibilité de fuiner dans les archives maritimes.
La logique voudrait tout de même qu´il rejoint BOSTON par train et pris le bateau. Je vais me renseigner sur ce port.
ou tout simplement directement par Amtrak , au pif 40 heures de voyage .
J´ai 2 questions:
– avez-vous regarder aux archives nationales francaises pour les enregistrements des personnes à l´étranger ? Aujourd´hui cela s´appelle consulat. A l´époque la France était déjà représenté.
– avez vous regarder sur la naturalisation ou les recencements sur NY ?
Dans mes recherches un certain Nicolas POIRIER est arrivé à NY en 1919, il était de Valence. Son pére était Jean POIRIER stipulé sur la liste de passager.Peut être un descendant .
Quand aux MONNIER, Alexis et son frére je n´ai rien trouvé.
Si j´ai le temps, je m´aventurerai aux archives maritimes à SAVANNAH, si éventuellement il aurait pris le bateau là.
Bonne recherche.
Bonjour Michèle,
Un immense merci pour toutes ces recherches et pour le temps que vous avez consacré à cette histoire ! Je suis vraiment touchée de voir que mon enquête vous a donné envie de reprendre vos propres recherches et d’explorer de nouvelles pistes.
Vos réflexions sur les déplacements entre New York et La Nouvelle-Orléans sont très intéressantes. Je n’avais pas envisagé toutes ces possibilités, notamment celle d’un trajet effectué en plusieurs étapes, avec un changement de bateau ou un parcours par voie terrestre.
Concernant les archives consulaires françaises, je n’ai pas encore exploré cette piste de manière approfondie. Quant aux recensements américains et aux éventuelles naturalisations, ce sont effectivement des sources qui pourraient permettre de retrouver leur trace, à condition de parvenir à identifier les bonnes personnes.
La piste du Nicolas POIRIER arrivé en 1919 mérite également d’être examinée, même si le patronyme est suffisamment répandu pour imposer beaucoup de prudence avant d’établir un éventuel lien familial.
Si vous découvrez quelque chose dans les archives maritimes, je serais vraiment ravie que vous me teniez informée. Et bien entendu, si je fais de nouvelles découvertes de mon côté, je les partagerai également.
Encore un grand merci pour votre aide et votre enthousiasme. C’est aussi pour ces échanges et ces recherches partagées que j’aime tant raconter ces histoires !
encore une chose que j ai oublie de dire : Il existait des services consulaires à NY dés 1792 mais pour les immigrants qui voulaient quelque chose ou bien signaler un deces , il fallait aller sur Washington (il exsite toujours) qui avait un consulat.
J´ai retrouvé mon grand oncle par ce biais.
Peux tu me faire un petit mot sur mon mail.