François MERLET et Françoise MONNIER : un couple séparé, deux départs et une traversée de l’Atlantique

couple séparé au XIX

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Lorsque François MERLET et Françoise MONNIER se marient à Anjoutey le 19 septembre 1822, rien ne laisse encore deviner l’étrange trajectoire que prendra leur famille. François a vingt ans et exerce le métier de tisserand. Son père, Thomas MERLET, est mort depuis 1804 ; sa mère, Françoise LIVEDO, est présente au mariage. Françoise MONNIER a vingt-deux ans. Elle est elle aussi tisserande et l’acte précise qu’elle est fille naturelle. Sa mère, Jeanne Marie MONNIER, est décédée trois ans auparavant.

Le jeune couple s’installe à Anjoutey et les naissances se succèdent. Thiébaud naît le 21 juillet 1823, mais meurt avant d’avoir atteint son premier anniversaire, le 14 mai 1824. Une petite Marie Françoise vient au monde le 4 février 1825 ; elle meurt à son tour le 2 juillet 1826, à seulement un an. Quelques mois plus tard, le 22 décembre 1826, naît Marie Agathe Véronique. Puis Thomas, le 25 octobre 1829. Enfin, le 25 novembre 1836, Françoise met au monde une nouvelle petite Marie.

En treize ans, François et Françoise ont donc au moins cinq enfants et connaissent déjà deux deuils. Les actes permettent aussi de suivre l’évolution professionnelle de François. Tisserand lors de son mariage et des premières naissances, il est qualifié en 1836 de « menuisier et tisserand ». La famille paraît alors toujours solidement installée à Anjoutey.

Mais le malheur frappe encore. Marie, la dernière née, meurt le 13 novembre 1837, âgée de onze mois. François est là. Il a trente-cinq ans, est désormais désigné comme menuisier et c’est lui qui déclare le décès de sa fille.

C’est la dernière trace que nous avons, pour l’instant, de François auprès de sa famille à Anjoutey.

Un mari qui disparaît

Quatre ans plus tard, le recensement de 1841 raconte une tout autre histoire.

Françoise MONNIER est toujours à Anjoutey avec ses enfants. Elle est dite « femme de Merlet François » et travaille comme journalière. Mais François n’est plus dans le foyer. Le recensement apporte surtout une remarque inhabituelle : son mari l’a quittée et l’on ignore où il réside.

Que s’est-il passé entre novembre 1837, lorsqu’il déclarait encore le décès de leur fille, et 1841 ?

François est-il parti brusquement ? Avait-il trouvé du travail ailleurs avant de ne plus revenir ? Les époux étaient-ils séparés ? La formulation du recensement — il « a quitté sa femme » — semble aller au-delà d’une simple absence professionnelle, mais elle ne permet pas d’en connaître la cause. Et personne, apparemment, ne sait alors où il se trouve.

Françoise reste donc à Anjoutey. Elle doit faire vivre les enfants encore présents auprès d’elle et, de tisserande qu’elle était au moment de son mariage, elle est devenue journalière.

Puis elle disparaît à son tour.

En 1848, les rôles se sont inversés

Il faut attendre le mariage de leur fils Thomas, le 28 novembre 1848, pour retrouver les parents. Et l’acte réserve une véritable surprise.

Thomas MERLET, dix-neuf ans, vit toujours à Anjoutey. Lorsqu’il épouse Madeleine REIMBOLD, son père est présent.

François MERLET n’a donc pas disparu.

Il réside désormais à Sainte-Colombe, en Côte-d’Or, à plusieurs dizaines de kilomètres d’Anjoutey. Il a changé de métier : il est scieur de long. Surtout, il est revenu pour le mariage de son fils et l’assiste officiellement. Il signe même l’acte.

On ignore toujours où il a vécu pendant les années précédentes, pourquoi il a quitté Anjoutey et depuis combien de temps il se trouve à Sainte-Colombe. Mais en 1848, les liens avec son fils ne sont manifestement pas rompus.

Et Françoise ?

Elle n’est pas à Anjoutey. Elle n’est pas non plus auprès de son mari en Côte-d’Or.

L’acte indique qu’elle réside aux États-Unis.

C’est elle qui a traversé l’Atlantique.

Pourquoi Françoise est-elle partie ?

C’est sans doute la question la plus intrigante de toute cette histoire.

En 1841, Françoise est encore à Anjoutey, seule avec ses enfants après le départ de son mari. Sept ans plus tard, elle vit aux États-Unis tandis que François est réapparu, installé en Côte-d’Or.

Quand est-elle partie ? Avec qui ? Et surtout, pourquoi ?

Est-elle partie seule ? A-t-elle rejoint un parent, des connaissances ou d’autres habitants de la région déjà installés en Amérique ? Nous savons que Thomas est encore à Anjoutey en 1848 et que son père vient assister à son mariage. Mais la simple mention « résidant aux USA » ne nous dit rien des circonstances du départ de Françoise.

Elle soulève même une autre question : comment la famille sait-elle où elle se trouve ? En 1841, personne ne savait où résidait François. En 1848, la situation de Françoise semble différente : son fils peut déclarer qu’elle réside aux États-Unis. Avait-elle continué à donner de ses nouvelles ? Une correspondance existait-elle encore avec ses enfants ?

Et surtout, où chercher désormais cette femme dont l’acte de mariage de son fils ne nous donne même pas un État, une ville ou une date de départ ?

Quelque part entre Anjoutey et les États-Unis, il manque encore plusieurs années de la vie de Françoise MONNIER.

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