Charles Sylvain Beaupere (1773–1848)

Enrôlé de force, mutilé de l’Empire

Origines et famille

Charles Sylvain Beaupere naît le 17 février 1773 à Nogent-sur-Eure, en Eure-et-Loir, dans une famille modeste. Son père, Mathurin Beaupere, est berger puis journalier ; il avait épousé en juillet 1764 à Cintray Marie Madeleine Pichon, originaire de cette même paroisse. Le couple s’installe ensuite à Nogent-sur-Eure, où naissent la plupart de leurs enfants.

Charles Sylvain est le deuxième fils, mais le premier à survivre au-delà de quelques mois : son frère Mathurin, né en avril 1769, n’avait vécu que cinq mois. Il a trois sœurs : Marie Magdeleine, née en 1765 à Cintray, qui vivra jusqu’en 1854 à Chartres ; Marie Marguerite, née en 1770, décédée à Nogent en 1810 ; et Marie Véronique, née en 1779, emportée à treize ans en août 1792.

La famille est frappée par un drame le 4 novembre 1784 : Marie Madeleine Pichon, la mère, décède ce jour-là à Nogent-sur-Eure. Elle venait de mettre au monde une petite Marie Catherine, qui ne survivra qu’une seule journée. Charles Sylvain a alors onze ans.

Son père Mathurin Beaupere mourra le 29 août 1792 à Nogent-sur-Eure, quelques semaines seulement avant que la République ne commence à lever ses armées.

L’engagement militaire : le bataillon de Chartres (1793)

Charles Sylvain Beaupere entre au service le 24 août 1793, incorporé dans le 1er bataillon de Chartres en qualité de réquisitionnaire — c’est-à-dire qu’il est appelé au titre de la levée en masse décrétée par la Convention le 23 août 1793, et non engagé volontaire. Son domicile de recrutement est son lieu de naissance, Nogent-sur-Eure. Il a vingt ans.

Son signalement est consigné dans le registre matricule : taille d’un mètre soixante-neuf, visage ovale, front rond, yeux bruns, nez aquilin, bouche moyenne, menton large, cheveux et sourcils châtains.

Il est affecté au 6e régiment d’infanterie de ligne, 1er bataillon, 3e compagnie, et sera versé dans la sous-série GR 21 YC du Service historique de la Défense (cote SHD/GR 21 YC 51, matricule n° 190).

Les campagnes : Vendée, puis l’Est

Le registre matricule mentionne qu’il fait les campagnes de 1793, de l’an II, de l’an III et de l’an IV à la Vendée — quatre années dans ce conflit d’une brutalité particulière, qui ravage l’ouest de la France et laisse des traces durables chez ceux qui y participent. Les années suivantes, an V, an VI et an VII, le voient servir vraisemblablement en Allemagne ou en Italie, selon une lecture partielle du registre.

Il est fait prisonnier en Allemagne aux alentours du 8 floréal an VII (fin avril 1799), avant de rentrer — la date exacte de son retour reste à confirmer sur l’acte original conservé au SHD sous les cotes GR/2Xy161 et GR/2Xy263.

Caporal, puis Chef de Chambrée aux Invalides

Charles Sylvain Beaupere est nommé caporal le 8 nivôse an XI (29 décembre 1802). C’est un grade modeste mais réel, qui témoigne d’une reconnaissance par ses supérieurs après neuf années de service.

À une date que le registre ne précise pas explicitement, il est blessé grièvement : il subit l’amputation de la jambe gauche. Cette mutilation met fin à sa carrière au combat. Le 7 octobre 1807, il est reçu à la succursale des Invalides d’Avignon — acte de réception et acte, qui enregistre son entrée au 30 novembre 1807, à l’âge de 34 ans, avec la mention explicite : «Jambe gauche amputée.»

Au sein de la succursale d’Avignon, il gravit encore un échelon : il est nommé Chef de Chambrée le 1er janvier 1810, fonction qui lui confère une responsabilité d’encadrement auprès des autres invalides.

Il obtient un congé le 1er juin 1814, puis est officiellement mis à la retraite le 4 janvier 1815, avec retour à Nogent-sur-Eure, en Eure-et-Loir. Il a quarante et un ans. Derrière lui, vingt-deux années de service, des campagnes de Vendée aux geôles allemandes, et une jambe laissée quelque part sur les routes de l’Empire.

Le retour à Nogent : mariage et descendance

De retour dans sa ville natale, Charles Sylvain Beaupere épouse Marie Madeleine Gratien, née le 22 juillet 1784 à Nogent-sur-Eure — elle a donc trente ans, lui quarante et un. Le couple aura au moins deux enfants : Marie Madeleine Joséphine, née le 21 mars 1816, et Charles Hippolyte, né le 6 avril 1817. Dans les actes postérieurs à sa retraite militaire, Charles Sylvain est qualifié de propriétaire.

Il est probable qu’il bénéficiait d’une pension d’invalidité liée à son amputation, ce qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille sans exercer de métier manuel — condition rendue de toute façon impossible par sa mutilation. Sa femme Marie Madeleine Gratien lui survivra longtemps, puisqu’elle décède en 1870.

Charles Sylvain Beaupere disparaît des sources vers 1848, date approximative retenue dans les arbres généalogiques, mais son acte de décès reste à localiser dans les registres d’état civil de Nogent-sur-Eure.


Sources

  • Registre matricule napoléonien, SHD/GR 21 YC 51 — numérisé et indexé sur Mémoire des Hommes (www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr) et Geneanet
  • Actes de réception à l’Hôtel des Invalides, SHD/GR/2Xy161 et SHD/GR/2Xy263 — non numérisés, conservés au Service historique de la Défense, Vincennes ; transcription disponible sur www.hoteldesinvalides.org ; demande de reproduction des actes originaux en cours auprès du SHD
  • Registres paroissiaux et d’état civil de Nogent-sur-Eure et Cintray (Eure-et-Loir) — Archives départementales d’Eure-et-Loir

Article rédigé par SR. Toute reproduction soumise à autorisation.

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