
Sur les traces de Jean Brischnatz : l’enquête qui nous a menés jusqu’à Medlešice (Bohême)
Une histoire de recherches, de documents anciens… et d’un cousin généalogique tchèque qui change tout.
Pendant des années, l’origine de mon ancêtre Jean BRISCHNATZ, installé en Alsace à la fin du XVIIIᵉ siècle, est restée un mystère. Son acte de décès, rédigé en 1835 à Marckolsheim, mentionnait qu’il était né à :
“Charlewitz, département d’Autriche”
Un lieu impossible à retrouver.
Aucune carte, aucun dictionnaire géographique, aucune paroisse allemande ou tchèque ne portait ce nom.
La recherche semblait sans issue.
C’est le début d’une enquête qui nous mènera, plusieurs mois plus tard, à une petite commune de Bohême orientale : Medlešice.
Et cette découverte, je ne la dois pas seule : elle est le fruit d’un travail partagé avec Petr Bricnac, un cousin tchèque… qui descend lui aussi de la même famille.
1. Le point de départ : un acte de décès qui pose plus de questions qu’il n’en résout

L’acte de décès de Jean fournit trois informations :
Une date approximative de naissance (vers 1776 — il est dit âgé de 58 ans)
Une origine obscure : “Charlewitz, Autriche”
Un métier : douanier retraité
Mais aucune trace :
Du lieu réel de naissance
De son mariage
De sa vie avant son installation en Alsace
Impossible, en l’état, de remonter plus loin.
2. Le décret de naturalisation : une brèche dans le mur
Sachant que Jean avait travaillé pour les Douanes royales et qu’il était étranger, j’ai cherché une trace éventuelle d’une naturalisation.
Et j’ai fini par trouver son décret dans le Bulletin des Lois, avec :
Sa date exacte de naissance : 23 octobre 1776
Un lieu de naissance :
“Merlenschütz, en Bohême”
Cela ressemblait davantage à un nom germanisé — mais toujours introuvable.
Cependant, ce décret contenait une information capitale :
le numéro de dossier, conservé aux Archives nationales.
J’ai donc adressé une demande formelle aux AN.
Quelques semaines plus tard, je recevais… un dossier complet de 22 pages, retraçant sa vie militaire, sa carrière de douanier, et sa demande de naturalisation.
C’est ce dossier qui a tout changé.
️ 3. Le dossier de naturalisation : un faux ami… mais une vraie piste

Parmi les documents, figurait une copie authentifiée de son acte de baptême.
Le texte, en latin et difficile à lire, mentionnait :
Parochia Merluschwitz ad S. Havelum
Un nom qui n’existait toujours pas sous cette forme.
Était-ce Merluschwitz ? Merlenschütz ? Merleschitz ?
Difficile à dire.
Nous avions désormais trois noms différents, tous impossibles à localiser :
Charlewitz
Merlenschütz
Merluschwitz
Il fallait recouper autrement.
4. L’intervention décisive : Petr Bricnac, le cousin tchèque
C’est à ce moment-là que j’ai contacté Petr Bricnac, un généalogiste tchèque…
et surtout un cousin descendant de la même branche BRISCHNAC / BRISCHNATZ.
Je lui ai envoyé le dossier complet, ainsi que les extraits latins problématiques.
En quelques jours, Petr a utilisé :
sa connaissance du tchèque ancien,
les registres locaux,
les variations historiques des toponymes tchèques,
et surtout son accès aux archives régionales.
Et il a trouvé ce que personne n’avait réussi à identifier.
5. La révélation : Jean venait de Medlešice
Petr a localisé un acte de naissance d’une sœur de Jean, portant les mêmes parents :
Mathias Brichnac
Maria Antonia
Et surtout, l’acte indiquait clairement le lieu :
Medlešice, paroisse de Chrudim
Là-dessus, plus aucun doute :
nous tenions enfin le village d’origine de toute la famille.
Et soudain, tout prenait sens :
✔ Charlewitz
n’était qu’une déformation française de Medleschitz, l’une des anciennes formes allemandes de Medlešice.
✔ Merlenschütz
était une lecture fautive d’une graphie cursive germanique ou latine désignant Medleschitz.
✔ Les variantes du dossier
reflétaient les traductions successives : tchèque → allemand → latin → français.
En réalité, Jean n’était pas silésien :
➡ il était Bohémien, près de Chrudim, dans l’est de la Bohême.
6. L’acte de la sœur : la preuve définitive

L’acte retrouvé par Petr mentionne :
Le père : Mathias Brichnay / Brichnac
La mère : Maria Antonia
Le statut : inquilinus (locataire, petit manouvrier)
La paroisse : Chrudim
Le hameau : Medlešice
C’est le même couple parental que l’acte de Jean dans son dossier de naturalisation.
Cela ferme définitivement l’enquête.
7. Ce que l’on peut reconstituer désormais
Grâce à cette découverte, il est possible d’essayer de :
Reconstituer toute la fratrie
Retrouver les ancêtres directs à Chrudim
Suivre les traces des familles BRISCHNAC / BRISCHNAČ
Comprendre le contexte social :
des ouvriers locataires, modestes, vivant dans un village agricole de Bohême
Jean quitte donc Medlešice jeune, probablement enrôlé dans l’armée impériale autrichienne, puis capturé par les Français lors des guerres révolutionnaires.
De Bohême à l’Alsace : le destin inattendu de Jean
Arrivé en France comme prisonnier en 1796,
Jean :
fonde une famille dès 1797,
ne repart jamais,
devient douanier royal,
est blessé en 1815,
prend sa retraite en 1818,
et est naturalisé Français quelques années plus tard.
Une trajectoire totalement bouleversée par la guerre…
mais scellée par un enracinement profond dans sa nouvelle patrie.
Conclusion : une enquête à deux, une origine retrouvée
Cette découverte n’aurait jamais été possible sans :
le décret de naturalisation
les archives nationales
les pistes linguistiques
et surtout le travail décisif de Petr Bricnac, qui a su reconnaître Medlešice dans les orthographes approximatives qui avaient traversé les siècles et les cultures.
Grâce à cette enquête menée ensemble,
Jean Brischnatz retrouve enfin sa véritable origine.


