Les Gallois : six générations au service des chevaux et des routes du royaume

Lorsque j’ai commencé à remonter la généalogie des Gallois dans les registres des Yvelines, je pensais trouver quelques cultivateurs vivant paisiblement dans les villages autour de Poissy et de Saint-Germain-en-Laye. À mesure que les générations se sont dévoilées, une autre histoire est apparue.

Pendant près d’un siècle et demi, les Gallois ont exercé des métiers intimement liés aux chevaux, aux routes et aux déplacements. Garde des plaisirs du Roi, charrons, maréchal-ferrant… cette famille a participé à sa manière à faire circuler les hommes, les marchandises et les équipages dans le pays de Versailles.

Un garde des plaisirs du Roi

Au début du XVIIᵉ siècle apparaît Charles Gallois, né vers 1606. Les actes le désignent comme garde des plaisirs du Roi.

Ce titre peut aujourd’hui sembler mystérieux. Il ne s’agissait pas d’organiser les divertissements de la Cour, mais de surveiller les territoires réservés aux plaisirs royaux, notamment les chasses. Ces gardes veillaient au respect des règlements, protégeaient le gibier et surveillaient les domaines placés sous l’autorité royale.

Charles Gallois exerce ses fonctions dans une région qui vit alors à l’ombre de Saint-Germain-en-Laye et de Versailles, où les chasses royales occupent une place essentielle.

Les roues qui font avancer le royaume

Son fils Pierre Gallois, né vers 1630, emprunte une autre voie. Il devient charron à Davron puis à Feucherolles.

Le charron est un artisan indispensable dans une société où tout repose sur la traction animale. Il fabrique et répare les roues, les charrettes, les chariots et de nombreux véhicules utilisés aussi bien par les paysans que par les marchands ou les seigneurs.

À une époque où aucune marchandise ne circule sans attelage, son savoir-faire est précieux.

Duplessi-Bertaux, Jean (Paris, en 1747 – Paris, 29–09–1818), graveur

Paris Musées

Maître charron de père en fils

La profession se transmet ensuite à la génération suivante.

François Gallois (1678-1758) est lui aussi maître charron. Il exerce à Davron avant de s’établir à Aigremont.

Son activité s’inscrit dans un territoire en plein développement, traversé par les routes reliant Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Poissy et Paris.

Pendant plusieurs décennies, il construit et entretient les véhicules qui permettent les déplacements quotidiens d’une région profondément marquée par la présence royale.

Le maréchal qui soigne les chevaux

Dans cette même famille apparaît également Antoine Gallois (1704-1748), désigné comme maréchal.

À cette époque, le terme désigne généralement un maréchal-ferrant.

Son travail consiste à ferrer les chevaux, soigner leurs pieds et entretenir les ferrures. Sans lui, aucun attelage ne peut parcourir de longues distances.

Dans une société où le cheval constitue le principal moyen de transport, le maréchal-ferrant est aussi indispensable que le charron.

Duplessi-Bertaux, Jean (Paris, en 1747 – Paris, 29–09–1818), graveur

Musée Carnavalet, Histoire de Paris

Une troisième génération de charrons

La tradition familiale se poursuit avec Jean Gallois (1707-1773), lui aussi maître charron.

Puis vient encore un autre Jean Gallois (1731-1784), mentionné comme charron avant de devenir laboureur.

Pendant plus de cent cinquante ans, les Gallois restent ainsi associés aux métiers du transport et du cheval.

Une famille au cœur des déplacements

En reconstituant cette lignée, une évidence apparaît.

Les Gallois ne sont ni nobles, ni officiers célèbres, ni personnages passés à la postérité. Pourtant, leurs métiers étaient essentiels au fonctionnement du royaume.

Le garde des plaisirs surveillait les territoires royaux.

Les charrons fabriquaient et réparaient les véhicules.

Le maréchal-ferrant entretenait les chevaux.

Sans eux, les routes ne fonctionnaient pas. Les marchandises ne circulaient pas. Les voyageurs n’avançaient pas.

Et si les armées du roi avaient traversé leur région, elles auraient elles aussi eu besoin de leurs services.

Une histoire de famille

Ce qui me touche particulièrement dans cette branche, c’est la continuité.

D’une génération à l’autre, les Gallois transmettent des savoir-faire liés au mouvement, au transport et au cheval. Derrière les noms inscrits dans les registres paroissiaux se dessine une véritable histoire familiale, profondément ancrée dans le pays de Versailles.

Une histoire discrète, mais essentielle.

Car avant les locomotives et les automobiles, c’étaient des hommes comme eux qui faisaient tourner les roues du royaume.


Sources :

  • Registres paroissiaux de Poissy, Davron, Feucherolles, Chambourcy et Aigremont.
  • Actes de baptêmes, mariages et sépultures des familles Gallois.
  • Mentions professionnelles relevées dans les registres paroissiaux et d’état civil.
  • Reconstitution généalogique de la branche Gallois (XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècles).

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